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ITW avec Jean-Louis Brunaux - À la recherche d'Alésia

ITW avec Jean-Louis Brunaux - À la recherche d'Alésia

Alésia, une cité remarquable...

D’Alésia, les livres scolaires ne retiennent que la défaite de Vercingétorix face à César. Pourtant, ce lieu de mémoire révèle une histoire bien plus intéressante... C’est ce que Jean-Louis Brunaux dévoile dans À la recherche d’Alésia (Armand Colin, 2019), en retraçant au fil des fouilles, l’origine religieuse de la cité gauloise, puis la vie sous César et les influences chrétiennes au Moyen Âge. Une quête passionnante pour réhabiliter enfin la cité d’Alésia, bien au-delà de la bataille...

 

- Pourquoi avez-vous choisi de retracer l’histoire de la cité d’Alésia ?

Alésia fait figure de lieu historique depuis que Pierre Nora lui a consacré un chapitre dans son ouvrage Les lieux de mémoire. Pour ceux qui l’ont visité, le site géographique du mont Auxois est extraordinaire et c’est sans doute la raison pour laquelle il a généré cette longue histoire sur plusieurs millénaires. Il m’intéressait beaucoup de revenir sur toute cette histoire dans la durée avec toujours en arrière-plan cette idée de recherche qui figure dans le titre, en référence d’ailleurs au titre éponyme de Proust.
Le mont Auxois est une colline en forme de plateau à la confluence de trois rives, située sur un chemin utilisé depuis l’Antiquité par le commerce grec. Tout le paysage du site a été mis à contribution par Vercingétorix puis par César. Le plateau s’étend sur 100 ha et les fouilles menées à partir de Napoléon III ont révélé des vestiges romains très importants, ainsi que des traces de sanctuaires et d’habitat d’origine gauloise.
 

- Qu’indiquent les fouilles sur la cité ?

Les fouilles sont de deux types. Le plateau recèle des traces d’habitat gaulois et gallo-romain dont on a retrouvé de nombreux monuments et un mobilier extraordinaire. La première mention du nom d’Alésia sur une plaque est d’ailleurs apparue en 1836, sur une inscription dédiée au dieu gaulois Ucuetis, dont l’autel fut mis au jour un siècle et demi plus tard. Cela atteste l’importance religieuse de la cité dès son origine. L’influence de la Grèce à l’époque gauloise y est attestée par la présence de statues dans le style de celles découvertes à Entremont (Aix-en-Provence).
Les vestiges romains, quant à eux, sont constitués au centre de villas, de temples et d’habitats, tandis que sur le pourtour ont été érigés plusieurs grands sanctuaires d’origine gauloise remontant jusqu’au 2e siècle av. J.-C. Ces vestiges, pierres et colonnes romaines, furent d’ailleurs utilisés dès le Moyen Âge, par les habitants pour construire leur village.
À la fin de l’Antiquité, le site est aussi marqué par le christianisme naissant avec l’implantation du tombeau et du monument de Sainte Reine qui ont attiré de nombreux chrétiens venus se faire enterrer autour des reliques de cette sainte.
C’est sous Napoléon III, que les fouilles ont permis de mettre au jour les traces des fossés creusés autour d’Alésia pour la bataille. Bien plus plus tard, les photos aériennes ont montré des traces des campements de César, de remparts en gazon et d’autres vestiges de cette bataille.
Depuis, les fouilles d’Alésia constituent la plus intéressante documentation sur une bataille de l’Antiquité.
 

- Pourquoi Vercingétorix a-t-il choisi ce site pour livrer bataille à César ?

Il y a sans doute trois raisons à cela :
• Alésia était un site religieux gaulois important et Vercingétorix voulait utiliser cette notoriété pour remporter une victoire emblématique sur César, susceptible de marquer les esprits.
• Le plateau, entouré de trois rivières est aussi entouré de collines. Il rappelait à Vercingétorix la topographie du plateau de Gergovie d’où, campé sur une hauteur, il avait piégé et vaincu César.
Alésia se trouvait proche d’alliés de César : les Éduens, fournisseurs de nourriture et de chevaux et les Lingons, peuplant le plateau de Langres, qui pouvaient recruter des auxiliaires germains. Vercingétorix souhaitait donc s’approprier ce territoire pour définitivement chasser César de la Gaule.
 

- Comment César a-t-il utilisé Alésia ?

Contrairement à la légende qui évoque la destruction systématique des villes conquises par César, les fouilles n’en montrent aucune. Cela aurait sans douté été contreproductif pour les Romains dans la mesure où, pendant un certain temps, ce site était nécessaire pour nettoyer le champ de bataille des nombreuses constructions en bois, récupérer les armes de la bataille et surtout pour y installer un camp provisoire de légionnaires afin de surveiller la région. Les traces gauloises ont donc simplement été recouvertes par les habitats romains.
César n’a pas voulu donner la cité aux Éduens, peuple de commerçants ni aux Lingons, peuple de guerriers, tous deux très puissants. Il en a confié la gestion politique et administrative à ses habitants, le petit peuple des Mandubiens. Très rapidement l’activité se poursuit, la cité retrouve son autonomie tandis que César transforme la Gaule en une grande colonie.
 

© Armand Colin, mars 2019

LIVRES

À la recherche d'Alésia
Des légendes grecques au lieu de mémoire
Papier21.90 €