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ITW Éric Debarbieux : L'impasse de la punition à l'école

ITW Éric Debarbieux : L'impasse de la punition à l'école

Comment sortir des punitions à l’école...

En école primaire, 6 élèves sur 10 sont punis, dont 1 sur 4 l’a été trois fois ou plus... Au collège cela perdure... Or la sanction n’a pas d’effets positifs. Quelles sont les alternatives à la punition ? Éric Debarbieux développe des solutions basées sur le programme « ADHERE » dans L’Impasse de la punition à l’école (Armand Colin, 2018).

Ouvrage indispensable pour découvrir les effets de la coopération, de la communication non violente à l’école et de bien autres outils...

 

Qu’est-ce que le projet ADHERE à l’origine de ce livre ?

Les programmes « clef en main » qui seraient censés fonctionner dans toutes les circonstances comme des solutions miraculeuses contre la violence à l’école ne sont pas satisfaisants, pas plus d’ailleurs que des instructions officielles descendant par circulaires. Le problème est bien que les conditions particulières à chaque secteur, à chaque établissement, à chaque école sont à examiner d’abord si on veut avoir une chance de pouvoir aider les professionnels. En particulier les « conditions d’implantation » de ces programmes sont aussi importantes que ces « solutions » : il convient d’essayer d’impliquer les équipes elles-mêmes dans leur ensemble pour une vraie politique locale de prévention. Le projet « ADHERE » c’est cela : nous sommes partis de diagnostic de « climat scolaire », c’est-à-dire d’une enquête auprès des élèves et des personnels et après restitution nous avons travaillé avec les équipes qui le souhaitaient. Il s’agissait de formations sur site, qui concernaient des problèmes identifiés, et en particulier nous nous sommes rendus compte à quels points la question de la « punition » et de sa justice était nodale. C’est pourquoi nous avons travaillé avec des équipes de formateurs qui tentaient de poser des alternatives claires (Discipline positive, justice restaurative, développement des compétences psychosociales). De même la question des conflits et de la communication entre adultes – et pas simplement entre élèves ou entre adultes et élèves – est essentielle : bien des blocages de l’action nécessitent un vrai changement à cet égard. D’où également le travail sur ce changement avec des formateurs et associations spécialisées (communication non-violente, école de Palo Alto, théâtre-forum etc.). Nous avons travaillé pendant trois ans dans 32 sites de l’éducation prioritaire, en région parisienne (académie de Créteil) et en Province (Lyon, Bordeaux, Nice, Lille et Marseille), avec souvent l’appui de formateurs universitaires et de l’éducation nationale.

 

- Quelles alternatives existent en France ?

Il existe des alternatives nombreuses, souvent portées par les associations. Je viens d’en citer quelques-unes mais ce ne sont pas les seules. Les mouvements pédagogiques proposent depuis longtemps également des démarches importantes. Je pense en particulier au mouvement coopératif (Icem-Pédagogie Freinet, OCCE) et j’ai tenu dans le livre à rappeler combien en réalité tout procède de la « coopération ». C’est vrai pour les apprentissages, dont on sait que s’ils requièrent une pédagogie explicite ils nécessitent tout autant une possibilité pour les élèves d’échanger sur leurs découvertes, leurs essais, leurs erreurs… Mais on peut encore penser à bien d’autres pratiques vivaces, jamais suffisantes par elles-mêmes mais qui sont des éléments de solution, par exemple la médiation par les pairs. En ce sens je dirai que l’essentiel est bien de travailler à deux niveaux : sur la qualité des équipes éducatives, la formation des professionnels et sur la coopération entre élèves, qui doivent être actifs dans la prévention. C’est bien une question de vivre ensemble. La prévention de la violence à l’école n’est pas que sécuritaire. Elle est au cœur du pédagogique.

 

- L’institution est-elle attentive aux expérimentations dans ce domaine ou aux résultats à l’étranger ?

Oui et non. Bien sûr qu’il y a un intérêt affiché pour des partenariats avec des associations, l’affirmation que des questions comme le climat scolaire ou la prévention contre le harcèlement sont importantes. Il y a des assises de l’innovation et cela est très positif. Nous ne sommes plus – en principe – dans le rejet marqué qui a pu exister contre les « pédagogies nouvelles » (je rappelle par exemple dans le livre l’épisode grandguignolesque quand il s’agissait de « faire sortir la bête puante de sa tanière » proféré à l’encontre de Freinet)… Mais l’idéologie « antipédagogique » atteint des sommets en France avec cette invraisemblable idée que la « pédagogie » (qu’on appelle avec mépris le « pédagogisme) est nécessairement laxiste et destructrice du savoir. Ce livre comme mon livre précédent (Ne Tirez pas sur l’école, paru chez Armand Colin en 2017) s’inscrit en faux contre cette idéologie et montre comment la « discipline » est non pas l’autoritarisme et la répression qui augmentent les difficultés et la violence mais une discipline coopérative, positive, ferme et sans violence… Par ailleurs le risque actuel est que « l’innovation » soit enfermée dans une sorte de ghetto ou soit un écran de fumée lorsque certaines décisions essentielles ne sont pas prises (en particulier sur les nécessités de la formation aux questions de gestion des conflits, de tenue de classe, de relations en équipe ou avec les parents….).

Sur l’intérêt des programmes et travaux étrangers, celui-ci existe sans doute. Mais le risque est de les prendre sans les adapter réellement et en exagérant leur effet : je le répète il n’y a pas de programme miracle fut-ce un programme qui viendrait de pays mieux classés à PISA !

 

- Quels bénéfices pour les élèves?  

Pas que pour les seuls élèves : je le répète le travail concerne aussi bien les adultes que les élèves et le bénéfice est réciproque. Une très belle recherche menée au Québec et que je cite souvent (Jeffrey et Sun) a montré que l’amélioration de l’accueil et de la formation des enseignants avait des effets de diminution des violences qu’ils subissent et que c’était vrai… également pour leurs élèves. Mais une fois de plus cela va dépendre des équipes et des conditions locales : ainsi une équipe en collège a réussi à faire diminuer par 10 le nombre d’exclus de classe, et par 3 le nombre d’élèves harcelés avec des projets qui ont soudé cette équipe (dont la formation à la discipline positive), à d’autres endroits il n’y a pas eu de changement.

En réalité avec ce nouveau livre il s’agit bien de dépasser un double simplisme : celui du « tout répressif » qui ne fait qu’augmenter la violence par vengeance et en soudant des groupes d’élèves contre l’institution, et celui de l’angélisme, qui pense que tout s’apaisera tout seul ! Il est temps de regarder la réalité en face et de prendre le problème de la discipline à l’école sans complexe et sans tabou. Avec un vrai pragmatisme.

 

© Armand Colin, décembre 2018

LIVRES

L'impasse de la punition à l'école - Des solutions alternatives en classe
Des solutions alternatives en classe
Papier23.90 €